Atlas régionaux de démographie médicale : un outil au service des décideurs locaux

 

 

Le Conseil National de l’Ordre des Médecins publie la troisième édition des Atlas régionaux de la démographie médicale, réalisé à partir des chiffres du Tableau de l’Ordre au 1er juin 2013. Inspiré du modèle national, ces Atlas déclinent l’ensemble des données à l’échelon régional, départemental et à l’échelle des bassins de vie1. Ces publications de diagnostic et de prospective ont pour objectif d’apporter une aide précieuse selon l’approche spatiale dans le cadre de la mise en place du « pacte territoire santé : pour lutter contre les déserts médicaux », lancé par la Ministre de la Santé  il y a tout juste un an.
 

Le CNOM rend publiques les données de la troisième édition de ses Atlas régionaux de la démographie médicale française qui mettent clairement en évidence que la problématique de la démographie médicale est propre à chaque territoire. Cette nouvelle version des atlas régionaux met en perspective l'évolution de l'offre de soins primaires en combinant la variation des effectifs des médecins et celle de la population générale, à l'échelle des bassins de vie.

 

Un outil au service des élus locaux

En complément de l’Atlas national publié en juin dernier qui mettait en évidence une quasi-stagnation des effectifs, les Atlas régionaux permettent de recenser les disparités départementales et d’anticiper les éventuels besoins à une échelle plus fine. Ainsi, selon l’approche territoriale, les effectifs attendus peuvent être très variables d’un département à l’autre.

  • A titre d’exemple pour la région Picardie, le département de la Somme a une forte probabilité de voir ses effectifs augmenter de +2,4% entre 2013/2018 tandis que le département de l’Oise enregistrera une diminution des effectifs de -2,1% sur la même période.

Chaque Atlas régional constitue donc une base de données unique permettant aux élus locaux, en collaboration avec les conseils départementaux et régionaux, d’appréhender de manière efficiente la problématique de l’accès aux soins.

 

Les enseignements essentiels des Atlas régionaux

Des disparités par mode d’exercice

L’Atlas national 2013 montre que les effectifs en médecine générale ont fortement diminué ces six dernières années, tandis que le nombre des autres spécialités augmentait. L’analyse des données des Atlas régionaux met en évidence que ce constat ne s’applique pas nécessairement à l’ensemble des départements.

  • À titre d’exemple, le nombre de généralistes dans les Pyrénées-Atlantiques est en hausse : alors que l’on en dénombrait 1026 en 2007, ils sont 1073 aujourd’hui.

 

La problématique du renouvellement des générations à l’échelle locale

L’analyse régionale de la répartition par âge permet d’aider les départements à évaluer le manque réel ou à venir des médecins sur leur territoire.

  • L’Atlas régional de la Champagne-Ardenne a par exemple révélé que d’ici à 5 ans, la situation risque d’être critique pour l’offre de soins de cette région. En effet, les médecins potentiellement sortants, âgés de 60 ans et plus, représentent 26% des effectifs tandis que la tranche d’âge des moins de 40 ans représente 14% de l’ensemble des actifs réguliers.
  • Contre toute attente, la région Ile-de-France enregistre pour sa part la plus forte baisse des effectifs en activité : -2,2%, mais aussi la plus forte proportion de médecins généralistes âgés de plus de 60 ans à l’échelle départementale : 33%.

 

Mais la présence locale d’une faculté de médecine sur le département est un facteur d’inscription non négligeable. En effet, lors de la première inscription à l’Ordre des médecins, les jeunes médecins privilégient nettement le département où ils ont fait leurs études.

  • Il en est par exemple ainsi en région Pays-de-la-Loire, qui possède deux universités de médecine, Nantes et Angers. Or on constate que ces deux départements concentrent 76,6% des nouveaux inscrits dans la région.

 

L’attrait de l’exercice libéral diverge selon les départements

La déclinaison des modes d’exercice par département et selon les qualifications permet de mieux appréhender la démographie médicale propre à chaque territoire. L’atlas national 2013 a montré une moindre attractivité de l’activité libérale. Mais l’analyse régionale permet de mettre en évidence que l’exercice libéral reste attractif dans certaines régions.

  • C’est notamment le cas en Limousin : parmi les 2 311 médecins inscrits dans un conseil départemental de la région du Limousin, 41,5% exercent en secteur libéral, 43,7% en secteur salarié et 14,8% en mode mixte. Il en est de même en Franche-Comté, où l’on constate une réelle homogénéisation du type d’exercice dans les quatre départements qui composent la région : ils sont 54,60% à exercer en libéral/mixte dans le Doubs, 56,10% en Haute-Saône, 59,50% dans le Jura et 26,90% en Territoire de Belfort.

L’exercice libéral est privilégié après quelques années d’expérience

Depuis plusieurs années déjà, le CNOM observe au niveau national que l’exercice libéral est très peu attractif en première inscription, et ce malgré la mise en place d’aides et de mesures incitatives à l’installation. Pour autant l’analyse d’une cohorte permet d’observer qu’après cinq années de pratique, ils sont bien plus nombreux à exercer en libéral/mixte. Ce constat s’illustre aussi en région, comme par exemple en Picardie : alors que seuls 12,7% des nouveaux inscrits choisissent l’exercice mixte, ils sont 30% à être installés en libéral ou mixte cinq ans plus tard.

Déserts médicaux et déserts de population : des évolutions contrastées

Les Atlas révèlent une densité moyenne de 9,2 médecins généralistes libéraux et mixtes pour 10 000 habitants. Le CNOM note que certains bassins de vie qui enregistrent une baisse des effectifs en médecine générale sont également confrontés à une diminution de la population générale. Il convient de porter un regard attentif sur les bassins de vie où s’observent conjointement une diminution de l’offre et un accroissement de la population.

 

 

 

[1] Selon l’INSEE, le bassin de vie est le plus petit territoire sur lequel les habitants ont accès à la fois aux équipements et à l'emploi. Il s’agit d’un espace géographique des pratiques spatiales de la vie quotidienne où les populations vivent et se déplacent (hypermarchés, magasins, gendarmerie, bureau de poste, écoles, équipements sportifs…). Les Atlas régionaux analysent la situation démographique médicale de 2 215 bassins de vie.

 


 

Presse : Evelyne Acchiardi - 01 53 89 32 80